Historique :
Mes lecteurs de la première heure se souviennent sans doute de nos galères de maisons en Inde : c’était le temps où Marco choisissait les maisons sans les visiter et où je me démenais pour poser mes valises. C’était aussi l’époque où nous nous faisions virer de notre maison par un propriétaire qui souhaitait passer les vacances dans sa maison et où Baptiste perdait un dent dans un accident de carton.
Les lecteurs de la deuxième heure se souviennent probablement de notre stress immobilier à Dubai : c’était l’époque où les propriétaires pouvaient demander 50% d’augmentation sans problème et le temps où Marco voulait que nous vivions dans un hôtel appartement.
Acte I : première visite à Varsovie
Lorsque nous avons envisagé une nouvelle expatriation, je me suis rendue à Varsovie pour voir si le pays me plaisait et pour visiter des maisons. J’en ai vu plus de vingt en deux jours.
Je suis toujours un peu nerveuse sur le sujet des maisons.
Être bien chez soi est un facteur clé de succès sur une expatriation. C’est encore plus vrai dans un pays très froid.
Aucune des maisons visitées en Mars ne se situait dans le bon quartier.
Il faut savoir que l’école se termine à 13 h 30 à Varso et que le ramassage scolaire en porte à porte n’existe pas (contrairement à Dubaï).
A partir de la 6e, Tristan ne sera plus sur le même site que Baptiste.
Donc soit je vis près de l’école (à distance à pied), soit je n’ai aucune chance de travailler car je dois aller en voiture tous les jours à l’école.
Acte II : la pression monte sur les maisons
Fin Mai, l’agence m’a recontacté en m’expliquant, qu’en Pologne, les maisons se choisissaient en Mai/Juin pour un début de bail mi ou fin Août. J’ai vérifié l’information avec mes copines sur place : elle était exacte.
Je devais donc choisir une maison à distance. Si je n’en choisissais pas une, je me retrouverais en Septembre avec les maisons dont personne n’aurait voulu !
J’ai commencé à ne pas dormir la nuit (enfin juste une nuit parce que j’ai vite eu pris ma décision!!) .
Choisir une maison à distance, c’est impossible pour moi. Je fais partie de ces gens qui peuvent visualiser une pièce vide avec les meubles et avec leur déco. Je sais, en mettant le pied dans une maison, comment je vais y vivre, y évoluer, quels serons mes coins préférés, comment l’énergie va y circuler, comment les garçons vont y jouer et courir.
Bref, j’ai un feeling viscéral irrationnel qui ne peut pas s’expliquer : je ressens la maison. Sur une photo, je ne ressens rien du tout.
Après une nuit blanche, j’ai décidé que j’allais prolonger mon séjour studieux à Paris, en Juin, par un voyage à Varsovie pour visiter des maisons.
Je crois que Marco a été soulagé de ma décision.
Acte III : la chasse à la maison
Me voilà donc partie à la chasse à la maison, banale routine : j’ai dû visiter plus de 200 maisons depuis début 2006.
Premier jour de visite : une douzaine de maisons.
J’étais fatiguée et découragée. Je m’étais levée à 4h30 et j’avais enchainé le voyage et les visites.
Mon moral était dans les chaussettes.
Le soir, je relisais mes fiches et sélectionnais deux maisons parce que je savais que je devais le faire… Mais aucune des maisons visitées ne me convenait : trop loin de l’école ou trop petite ou rénovée bling bling (pire qu’à Dubaï) ou sans bureau.
Le bureau est de loin ma pièce préférée (je travaille à la maison) : lâcher sur le bureau, c’est comme lâcher sur une partie de mon identité.
Le premier soir, j’ai passé du temps au téléphone avec Marco et Lasi qui m’ont remonté le moral. J’étais au plus bas.
Alors, j’ai décidé de changer de stratégie et j’ai demandé à visiter des maisons plus modernes, un peu plus éloignées de l’école et un peu plus grande.
Le lendemain, j’ai entamé les visites et je voyais des maisons, certes jolies, mais qui auraient nécessité une logistique épouvantable pour les transports scolaires.
Et puis, vers midi, l’agent m’a dit, presqu’en s’excusant, qu’elle m’amènait voir une maison au standing un peu plus bas et avec un niveau de rénovation inégal … mais à cinq minutes de l’école.
Acte IV : le coup de foudre
J’arrive devant une maison à la façade un peu pourrie… Je soupire : j’imagine déjà l’intérieur! Une horreur comme les maisons de la veille.
J’entre : l’entrée correspond à l’image idéale que j’ai d’une entrée dans un pays froid où on a des gros manteaux et de chaussures encombrantes. Il y a un coin avec un immense placard à chaussures et un autre grand placard pour les manteaux. J’aime cette entrée pratique!
J’avance, je descends deux petites marches et j’entre dans un bureau, certes moins grand que celui de Dubai, un peu tarabiscoté et difficile à meubler mais doté d’un énorme charme : des rebords de fenêtres, lumineux, du parquet. Je suis sous totalement sous le charme : ce bureau c’est MON futur bureau. Je m’y vois travailler, je m’y projette déjà.
Je continue la visite : je pénètre dans un double salon avec une cheminée qui donne sur une terrasse qui descend dans un jardin aux arbres centenaires. Certes, c’est vieillot mais je vois la pièce avec un coup de peinture et avec mes meubles ! Ca va être super !
Je me tourne vers la responsable de l’agence et je lui dis : « c’est bon, vous pouvez appeler le propriétaire. Je la prends« .
Elle me fait remarquer que je n’ai pas terminé la visite et je réponds : « c’est bon je la prends quand même. Je sais que c’est la bonne maison ! »
J’entre dans la cuisine : veillotte mais lumineuse avec un coin repas. J’y vois mes garçons faire les devoirs tandis que je cuisine le repas du soir ! C’est une bonne cuisine/lieu de vie.
Je monte à l’étage : la cage d’escalier est claire et il y a exactement le nombre de chambres qu’il me faut.
Je suis à 9 minutes à pied de l’école, à 6 minutes à pied du bus qui ira au collège et à 5 minutes du mall et du petit marché.
Cette maison remplit tous les critères importants que j’ai sur ma check-list, TOUS (sauf le grenier qui était un critère des garçons mais qui n’est pas bloquant car le grenier est remplacé par un sous-sol).
Les salles de bains sont vieillottes, il y a des fissures dans les murs extérieurs, le carrelage de la cuisine est un peu cassé… Et surtout, il y a de la moquette pourrie dans les parties communes… Mais je sais qu’avec un petit coup de rénovation, cette maison a un énorme potentiel. Je vais la rendre lumineuse et colorée !
Cette maison devient MA maison !
J’ai continué les visites par acquit de conscience. J’ai visité des maisons flambantes neuves et superbes. Mais j’avais eu un coup de foudre et toutes les autres me semblaient inexistantes !
Le troisième jour, j’ai testé tous les trajets à pied à l’école sur les trois maisons que j’avais short listées et je les ai revisitées, toujours par acquit de conscience.
Ma préférence allait toujours à la maison vieillotte.
Je crois que l’agence était un peu embêtée car cette maison était très en dessous de mon budget… mais c’était ma préférée : sur le papier, elle collait parfaitement à tous mes critères et, en plus, j’avais eu un énorme coup de coeur. C’était à la fois un choix de la raison et un choix du coeur!
Les gens du bureau de Marc sont venus la visiter et m’ont fait remarquer son état vieillot et tous ses défauts… J’ai dit que j’avais vu mais que je voulais CETTE maison et aucune autre. Dans ma tête, j’y habitais déjà !
J’ai rencontré le propriétaire le soir même et il était d’accord pour faire quelques travaux de rénovation (repeindre à l’intérieur, enlever la moquette et redonner vie au parquet, vérifier la chaudière, etc…) J’ai donc laissé la main à l’agence immobilière et au bureau de Marc pour gérer les papiers.
Acte V : le drame
J’ai repris l’avion pour Dubaï et j’ai eu un voyage un peu stressant.
Arrivé à Dubaï, je relançais l’agence car je ne pouvais pas dormir sur mes deux oreilles tant que le bail n’était pas signé.
L’affaire suivait son cours… je trouvais le temps long. Je dessinais le plan de la maison, je plaçais les meubles virtuellement.
Jeudi soir dernier, l’agence m’a appelé et la responsable, que je trouve fort sympatique, m’a dit : » je suis désolée. On a un problème sur la maison ».
L’espace d’un instant un gouffre s’est ouvert sous mes pieds, l’air m’a manqué, tout est devenu noir.
SILENCE RADIO. Une fraction de seconde pour me ressaisir … quelques minutes pour comprendre le problème.
L’agence, qui a fait son travail consciencieusement, est allée vérifier tous les documents relatifs à la maison et a trouvé une déclaration au bureau foncier qui dit que le propriétaire a un litige avec un créancier (le risque étant que la maison soit saisie et qu’on soit délogé sous trois mois).
L’agence, toujours consciencieuse, a appelé le propriétaire en lui expliquant qu’on ne pouvait pas signer en ne connaissant pas la nature du litige.
Le propriétaire s’est énervé en disant qu’elle n’avait qu’à se mêler de ce qui la regardait et lui a presque raccroché au nez en disant qu’il redémarrait les visites et qu’elle n’avait qu’à me trouver une autre maison.
J’étais livide! J’ai dit à la responsable d’agence que j’appellais mon mari et que je la rappellais dans cinq minutes.
J’appelle Marco : nous sommes Jeudi soir, il a eu une semaine intense, il est crevé, il a encore un trésor à enterrer dans le jardin et il ne veut pas entendre parler de cette histoire avant la fin du Week-end.
Réponse inacceptable : je remuerai ciel et terre mais j’aurai cette maison ! C’est MA maison ! NOTRE maison. Je sais qu’elle plaira à Marco et aux enfants. En plus elle a des volets! C’est rare à Varso!!
J’appelle le gars du bureau à Varsovie : il est parti. Je laisse un message.
Je rappelle la responsable de l’agence et lui propose une stratégie pour ramener le propriétaire dans la négociation. À ce stade, l’essentiel c’est que le propriétaire accepte de discuter !
Pour le problème juridique lié à cette histoire de litige, on trouvera bien une solution.
Elle me dit qu’elle me rappelle…
Les minutes sont longues et je dois m’occuper de la chasse au trésor.
Je ne sais plus si l’agence m’a rappelé le soir même ou le lendemain matin : le propriétaire avait calmé sa colère et acceptait de discuter de cette histoire.
Le lendemain matin, alors que nous faisions les courses, le gars du bureau de Marco me rappelait et m’expliquait le problème juridique et les risques.
Pour moi, c’était simple : si je prends cette maison avec cette clause, je prends le risque d’être expulsée sous trois mois si le litige du propriétaire entraîne une saisie. Le risque se situe entre 0 et 99 %
Si je prends une autre maison, je sais à 100 % que je déménage dans un an car ça sera un choix de dépit avec une maison qui ne correspond à ce que je recherche.
Je m’accroche, je bataille, je discute, j’exprime ma détermination, mon acceptation à courir le risque !
Marco envoit des mails.
On trouve un terrain d’entente : on rajoute une clause disant que le propriétaire s’engage à régler son litige avant fin Juillet.
Le Week-end me parait long !
Le dimanche est tout aussi long (c’est un jour travaillé à Dubaï).
Dimanche soir, le bureau de Marc envoie un mail en disant qu’un draft de bail final a été envoyé au propriétaire.
Lundi 15 h 00 à Dubai, j’envoie un SMS à l’agence.
16 h 00 : je reçois la réponse = > le propriétaire a donné son accord pour cette dernière version. Normalement le bail devrait se signer le lendemain.
J’écris ce texte… ça canalise ma nervosité.
J’attends la signature : je n’aime pas les fausses joies.
Dénouement
Mardi soir, je m’assieds devant mon PC. Je viens juste de terminer mon coup de stress du jour : aller faire vérifier les vaccins du chat car nous sommes à un mois du départ! Dernière limite pour les vaccins du chat.
J’ai réalisé le midi même que nous allions dépasser la date limite !!
Je n’ai ni SMS, ni mail de l’agence.
Je clique sur « envoyer/recevoir ». Un mail arrive : le bail vient d’être signé par les deux parties!
Mardi 21 Juin 18 h 55 heure locale à Dubai : mon soulagement est immense!
J’envoie un mail à ceux qui ont suivi l’affaire de près.
19h10 : nous dînons avec les garçons. Un coup de sonnette retentit.
Je suis certaine que c’est Fatiha, notre voisine. Elle tient un mini feu d’artifice à la main et me hurle MABROUK en dansant !!
Nous faisons une petite danse et chantons pour exprimer notre joie. Les garçons sont ravis et moi je suis heureuse!!
Fatiha* nous laisse des petits feux d’artifices et nous attendons Marco pour boire un verre et faire péter notre joie !
Pour la première fois dans notre vie d’expatriés, nous allons arriver dans un nouveau pays en ayant un toit sur la tête.
Quel soulagement !!
Bravo à ceux qui ont lu jusqu’au bout. Vous gagnez cette photo de la maison vue du fond du jardin.
* PS : Merci Fatiha pour cette intermède festif... Tu vas drôlement nous manquer !
Bravo ! Je suis très très heureuse pour vous tous ! Pour avoir également vu les photos de l’intérieur, je sais que cette maison sera PARFAITE !
Je t’embrasse fort,
Laure
Eh bien, je dis : ouf !!!
Contente pour vous, c’est tellement dur de renoncer à un coup de foudre !
Bises
Hello Nat,
bravo ! avoir réussi à trouver une maison qui corresponde à tes conditions en si peu de temps…
Etant donné l’énergie que j’y ai mis AVANT (pour cibler le quartier + avoir tous les renseignements afin de bien choisir + connaitre toutes les contraintes liées à l’environnement (trajet écoles, bureau, …) + prise en compte des souhaits de chaque membre de la famille, …) et PENDANT (une cinquantaine de visites + Mind maps pour prise de notes et faire un choix rationnel + mise en concurrence de plusieurs agences), je ne sais pas si j’ai du mérite : j’ai déployé une énergie folle pour trouver la perle rare !
Mais le jeu en valait la chandelle !! J’ai un stress de moins pour l’été et pour la rentrée !
que se passera-t-il si fin juillet le litige n’est pas réglé ?
RIEN parce que je ne vais pas casser le bail !
Au pire, il y a escalade de la procédure et le créancier fait une saisie sur loyer (et je reste dans la maison …alors c’est pas mon problème)
Au pire du pire, il y a saisie des biens immobiliers … et expulsion. C’est une procédure qui prendra des mois et des mois. Et si j’avais choisi une autre maison, j’aurai déménagé au bout d’un an…
Mon hypothèse c’est que le propriétaire, que j’ai vu en vrai, a une personnalité proche de la mienne et de celle de ton cher mari et qu’il a pris une position de principe contre un c****ard de banquier et qu’il est en guerre depuis 5 ans pour une broutille.
Etant donné que la broutille commence à lui poser problème à chaque location, il est résolu à régler le problème.
Alors je peux me tromper complètement et le gars peut avoir planqué une histoire louche … Mais je ne crois pas à cette dernière hypothèse. Ce monsieur m’a paru hyper carré, un tantinet psycho-rigide et je suis certaine qu’il est honnête …et qu’il résoudra son litige.
Enjoy ton concert ce soir!
Bises
bravo ! avoir réussi à trouver une maison qui corresponde à tes conditions en si peu de temps…
que se passera-t-il si fin juillet le litige n’est pas réglé ?
bizz
PS : je vais voir les black eyed peas au stade de france ce soir… avec David Guetta en première partie
bravo , je reconnais bien la ta détermination : je veux n’est pas un vain mot chez toi !!!!! et donc tu mérites le résultat.
je n’ai nul doute que tu feras de cette future maison ce nid douillet et que vous y serez heureux pour plein de nouvelles aventures…
j’ai hate de continuer à lire la suite …
bises
Leatitia,
Nous t’attendons avec Jean et William dans notre nouvelle maison (évite la période Novembre à Mars)! Il y a des tas de choses à voir en Pologne, notamment Cracovie, le chateau MALBORK et toutes les merveilles de VArsovie que tu peux découvrir sur le blog d’Isa (qui a un coup d’oeil extraordinaire en photo!!) : http://isa-warszawa.blogspot.com/
Bises
Et beh… voilà une bonne chose de faite !
« que se passera-t-il si fin juillet le litige n’est pas réglé ?
RIEN parce que je ne vais pas casser le bail !
Au pire, il y a escalade de la procédure et le créancier fait une saisie sur loyer (et je reste dans la maison …alors c’est pas mon problème)
Au pire du pire, il y a saisie des biens immobiliers … et expulsion. C’est une procédure qui prendra des mois et des mois. Et si j’avais choisi une autre maison, j’aurai déménagé au bout d’un an… »
J’adore ta réponse !
T’as raison de ne pas te laisser emm****** par une petite merdouille de litige pas réglé. Pas réglé ? Pfuiiiiiittttt ! comment ça « pas réglé » Et même que si c’est peut-être, c’est quand même même pas sûr… Alors… circulez !
dis donc tu ne voudrais pas écrire un roman à suspense, tu es douée … je n’ai pas pu décrocher de ton texte avant de savoir la fin de l’histoire !! (même si je savais qu’il y avait un happy ending !!).